Aller au contenu principal
Fermer

Ipsos : décevant pour l'Apocalypse AI, mais bon pour le dividende
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 12/03/2026 à 07:47

Jérôme Lieury
Jérôme Lieury

Jérôme Lieury

Olier Etudes & Recherches

Analyste financier, membre du Cercle des analystes

https://www.olier-etudes-recherche.fr/

Le logo d'Ipsos. (crédit photo : Adobe Stock )

Le logo d'Ipsos. (crédit photo : Adobe Stock )

Juste avant que notre temps de cerveau boursier soit accaparé par les pénibles évènements du Golfe Persique, il s'était passé quelque chose sur le marché qui mérite d'être souligné : si l'on regarde la belle performance d'avant-guerre du Cac 40 sur le mois de février, soit +5,6%, ce qui est beaucoup, surtout sur le mois le plus court de l'année (et bien plus qu'un Nasdaq techno US minable à -3,4%), on constate que les valeurs qui ont tiré l'indice vers le haut sont toutes liées plus ou moins à l'électricité.

Très notamment les valeurs liées aux équipements : Schneider Electric et Legrand, à l'installation électrique : Vinci, Eiffage et Bouygues, et à la génération électrique : Engie et TotalEnergies. Bref, le Cac 40 s'est bien passé de ses stars récentes : les banques et les valeurs de Défenses et des vieilles gloires du Luxe pour surperformer largement, ce qui montre la richesse de la cote parisienne. Et le marché, qui a toujours raison, comme chacun sait, semble voir avant tout le côté pratique de l'Intelligence Artificielle, laquelle consomme énormément d'énergie pour bien fonctionner, comme chacun sait aussi, le tout étant plutôt rassurant, finalement.

IA : électricité ou apocalypse ?

Le marché s'est toutefois fait peur par ailleurs avec une nouvelle thématique : la fameuse Apocalypse AI, soit le quasi-anéantissement inévitable (selon les esprits éclairés qui peuvent prévoir l'avenir avec certitude) de nombre de métiers de prestations intellectuelles, comme la publicité, le logiciel et les services informatiques. Ce qui s'est retrouvé dans le massacre sur le mois de titres de belle qualité en principe comme Dassault Systèmes, Capgemini et Publicis.

À lire aussi | Ipsos anticipe une croissance organique entre 2% et 3% pour l'exercice 2026

Parce qu'avec les derniers progrès de l'IA, notamment les nouveaux produits Claude Code, Cowork, etc… d'un brillant éditeur de logiciels californien (de plus) : Anthropic, on peut a priori automatiser toutes sortes de processus complexes, et écrire du bon code informatique sans faire appel à une ESN, ou faire toute sa communication publicitaire sans passer par une agence du pub. Ce qui reste éventuellement à démontrer, mais a jeté un froid sans aucun doute.

Le cours d'une autre pure valeur de prestations intellectuelles : Ipsos , a fait le même chemin que celui de ses consoeurs, mais pour bien mieux se reprendre ensuite et revenir au même niveau que fin janvier. Ce qui justifie éventuellement qu'on s'y intéresse de plus près, puisque le marché a l'air de s'y réintéresser aussi.

Ipsos : acteur global du vaste marché de l'information

Basé à Paris Porte de Gentilly, dans un bel immeuble moderne posé au bord du boulevard périphérique, Ipsos est un des grands acteurs mondiaux du marché de l'information "fiable, pertinente, et utilisable" : études par enquêtes, études ad-hoc ou études génériques pour plus de 5.000 clients entreprises (dont Google et Meta, ce qui n'est pas rien) avec un chiffre d'affaires 2025 de 2,5 milliards d'euros environ, 20.000 salariés, dont beaucoup d'informaticiens et de data-scientists, 220 bureaux dans 90 pays, une infrastructure informatique globale, une offre de 75 services différents, y compris des panels qui s'appuient sur plus de 6 millions de répondants.

Ipsos n'est pas seul sur un marché mondial des études marketing et divers estimé à 45 milliards de dollars, où il côtoie notamment Nielsen Media Research, Kantar et GfK, tous trois grands propriétaires-exploitants de larges panels consommateurs, ainsi que IQVIA, l'ex-IMS Health incontournable fournisseur de données médicales, et d'autres plus petits et plus spécialisé comme Qualtrics ou Dynata.

Mais créé en 1975 et coté depuis 1999, Ipsos fait partie des grands, d'autant qu'il s'est fait en bonne partie par acquisitions, avec des mouvements importants comme les études de marché de Synovate (ex-Aegis), et les études ad-hoc (RP, Santé, Innovation, et Mystery Shopping) de GfK Research, et d'autres comme Synthesio, Karian&Box, Infotools, en plus de beaucoup de petits acteurs un peu partout dans le monde et enfin, en 2024-2025 et toujours dans les études : infas en Allemagne et The BVA Family en France, qui opère aussi en Italie et en Royaume Uni.

Acteur innovant, et dans l'IA aussi vraisemblablement

L'offre des 75 services d'Ipsos est structurée en 16 lignes de services et est détaillée par audience, ce qui parle un peu à l'analyste, puisque l'audience Consommateurs, les prestations pour les grands groupes de produits Grand Public, contribue pour près de la moitié des revenus du groupe, l'audience Clients & Salariés, vraisemblablement plus pour les DRH d'entreprises, pour 20% du chiffre d'affaires, l'audience Citoyens/Affaires Publiques, en gros les électeurs et les contribuables, quand les Pouvoirs Publiques s'intéressent à eux, pour 15%, et enfin l'audience Patients & Médecins, les grands laboratoires pharmaceutiques ayant aussi du marketing à faire, pour 15% aussi. Et le groupe est présent partout ou presque, puisqu'il a 49% de son activité en Europe, avec le Moyen-Orient et l'Afrique, 35% dans les Amériques, et beaucoup aux USA, et 16% en Asie-Pacifique, dont 7,5% en Chine, soit 90 pays en tout.

Ipsos développe en permanence de nouvelles compétences : en analytiques, en neurosciences, en marketing, et a une offre sans cesse renouvelée de services spécifiques, de Audience Measurement à Social Intelligence Analytics, en passant par Brand Tracking, Customer Experience, Healthcare, Mystery Shopping, Public Affairs, etc. Et semble bien prendre le virage de l'IA avec Ipsos Facto qui développe de nouvelles offres à base de données augmentées et données synthétiques et de nouveaux outils comme Creative Spark AI, Personabot, Signals Gen AI etc.... L'IA complète les données et les profils, et crée des robots conversationnels/personas utilisables en temps réel par les clients, et des panels de jumeaux numériques par pays, et les clients peuvent accéder directement à des produits IA du groupe avec la plateforme Ipsos.Digital. Ce qui peut laisser penser, pour qui veut voir le verre à moitié plein, qu'Ipsos n'est peut-être pas si disruptable que ça par l'IA et tout ce qui s'ensuit.

Résultat économique : plutôt agréable à regarder, les Affaires Publiques mises à part

La prestation intellectuelle, surtout quand elle délivrée par des experts, n'est pas un mauvais métier, même en ces temps révolutionnaires où l'IA va tout balayer à la fin, et les résultats économiques d'Ipsos, même s'ils ne sont pas fracassants, sont plutôt agréable à regarder : le chiffre d'affaires 2025 progresse de +3,4% dont +0,6% en organique, et +5,8% d'effet périmètre, et -3% d'effet change, dont +12% en Europe avec les acquisitions d'infas et The BVA Family, mais -3% en France avec la baisse de la commande publique (et en légère croissance sans cela), et +0,3% en organique dans Amériques, en baisse aux USA avec -15% pour la commande publique là aussi (le gouvernement français rogne sur quelques rares dépenses, une fois n'est pas coutume, dont celles-ci, et le shut down américain a laissé des traces).

Alors que tout va bien dans les autres lignes de services, et -2,5% en Asie Pacifique dont +0% en Chine, et es audience Consommateurs et Clients & Salariés sont à +2,1% organique, avec toujours une demande des grandes marques pour une meilleure compréhension de leurs marchés, de clients mystère dans la distribution de chaîne, etc.. Et Ipsos.Digital est en forte croissance, soit +27%, avec 140 millions d'euros de revenus sur l'année, ce qui commence à être significatif.

Côté rentabilité, puisqu'il faut bien parler d'argent, Ipsos dégage une marge opérationnelle (ce qui reste du chiffre d'affaires un fois qu'on a tout payé, et compté les amortissements aussi, rapporté au chiffre d'affaires) à un bon niveau en valeur absolue, soit 12,3%. Un peu en baisse après 13,1% en 2024, avec i) l'intégration des acquisitions, moins profitables que le reste pour le moment, ii) une hausse du coût de collecte des données, qui est temporaire en principe et aussi iii) un peu plus de dépenses en R&D et informatique, ce qui se comprend bien par les temps qui courent, et donc in fine rien de grave. Surtout si on refait un peu mieux en termes de marge en 2026, ce que nous promet la nouvelle direction arrivée en septembre dernier, qui table sur un peu plus d'activité pour ces chères affaires publiques, entre autres parce que c'est une année à élections.

Un très bon bilan, et pour cause

On notera aussi que Ipsos présente un très bon bilan en fait : si son endettement net (la dette financière - les liquidités en caisse) passe de 57 à 219 millions d'euros avec les acquisitions d'infas et The BVA Family pour 154 millions d'euros en tout, le ratio Dette Nette/Fonds Propres est de 14% seulement (contre 4% fin 2024), ce qui n'est pas beaucoup, et le sacro-saint levier Dette Nette/Ebitda de 0,5x seulement aussi, ce qui est encore mieux selon les canons de la haute finance moderne, ceci après que la société ait émis une obligation de 400 millions d'euros (taux d'intérêt 3,75% - échéance janvier 2030).

Ce bilan très confortable doit beaucoup au fait que Ipsos vend de la prestation intellectuelle, et que donc sa valeur ajoutée sort du cerveau de ses experts et que l'outil de travail physique compte peu, et que les investissements corporels et incorporels requis par l'activité sont logiquement très limités. Et que, par conséquent, ce beau métier génère bon an mal an structurellement beaucoup de trésorerie libre, autrement dit un free cash-flow stricto sensu (ce qui reste de la capacité d'autofinancement grossièrement calculée en additionnant le résultat net avec les amortissements une fois déduits les investissements, voire les acquisitions) rien moins que pléthorique, qu'on se le dise.

Et surtout un bon dividende, et du "buy-back" pour couronner le tout

On notera enfin que ce free cash-flow intéressant couvre assez bien année après année la distribution d'un bon dividende (tout le monde ne peut pas en dire autant), et ce sans forcer la note, puisqu'il s'agit de 2€ pour un bénéfice par action 2025 de 5€ environ. Lequel dividende donne un bon rendement, soit 5,5% au cours actuel, avec un cours de Bourse qui mérite peut-être un peu mieux, si l'on songe que pour la première fois dans son histoire (et a priori pour la dernière fois aussi), Ipsos a annoncé un programme de rachat d'actions, soit 100 millions d'euros pour une capitalisation boursière de 1,6 milliards d'euros, ce qui n'est pas tout à fait anodin.

Les rachats d'actions n'étant en principe justifiés que si le titre est nettement sous-valorisé par le marché.  C'est bien connu aussi.

Valeurs associées

34,9400 EUR Euronext Paris +0,98%

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Mes listes

Cette liste ne contient aucune valeur.
Chargement...